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La morale bat son plein en ce début de siècle. Il faut s’engager dans une bonne cause, quelle qu’elle soit, car les bourreaux sont partout. Le concept de liberté en a traditionnellement servi d’étendard : pas d’action bonne, selon la doctrine chrétienne, qui ne soit libre, autrement dit qui ne s’oppose au mal. Seulement, cette liberté, au sens d’une volonté autonome, indéterminée, obéissant aux seuls principes de la raison, et s’opposant ainsi aux mauvais penchants du corps (aux désirs, aux pulsions, aux instincts), apparaît à l’analyse non seulement comme un fantôme qu’il est aisé de dissiper — sous la figure d’une âme différente du corps, ou bien (dans sa version laïque mais au fond équivalente) sous celle d’un « moi » toujours identique à lui-même, responsable de ses actes et ses désirs —, mais surtout désigne, à bien y regarder, l’exact contraire de ce qu’elle prétend : la soumission, l’asservissement de la volonté individuelle à une volonté extérieure, le “devoir” — religieux, moral, idéologique, etc. —, le renoncement plus ou moins volontaire à tout jugement véritablement personnel. Au bout du compte, c’est le jugement individuel, singulier, de celui qui entend vivre selon ses propres valeurs — au sein d’un cadre déterminé par des lois physiques et civiles —, qui est systématiquement calomnié et interdit par la morale. En bref, il semblerait que toute doctrine de la liberté s’oppose résolument à… la liberté. « Il n’y a qu’une chose que l’homme préfère à la liberté, c’est l’esclavage », a vu avec clairvoyance Ivan Karamazov. Notre siècle puritain illustre malheureusement à merveille la chose. Ce qu’on voyait peut-être moins clairement, c’est qu’on appelle liberté cet esclavage, qu’on se soumet presque toujours « au nom de la liberté ». Après un essai qui s’efforce de démasquer la supercherie moralisatrice, le travestissement des concepts éthiques en leur exact contraire (liberté=soumission, force=faiblesse, vertu=renoncement, etc.), en l’illustrant par l’idéologie à la mode, et qui propose un autre sens, extra-moral, du concept de liberté, deux essais mettent en scène quelques manifestations du fantôme de la liberté : la bigoterie  et l’académisme. Le dernier essai s’interroge sur l’origine du refus du réel qui motive toute doctrine de la liberté au sens moral, et s’amuse à la trouver dans l’ennui, “véritable moteur de l’historie”.


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